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The Wall, du Rock prog très élaboré
ajouté le 12/10/2009

The Wall, acte I

C'est un peu de l'histoire d'un homme qui a marqué sa génération, sa région. Au-delà des guéguerres d'influences partisanes, du Dijonnais au Chalonnais, il n'aura inspiré que de la reconnaissance accordée à un grimpeur d'exception. C'est ainsi qu'il est encore citer en référence dans les récits de troisième mi-temps des locaux bourguignons. Petite, je me l'imaginais mesurant 3m de haut, avec des avant-bras gros comme des cuisses.

Un jour, je l'ai croisé en salle indoor. J'ai alors vu un grimpeur sympa, très nature, porteur d'une motivation spontanée. Par sa simplicité, les récits de voies qu'on lui prêtait me sont alors apparus plus humains.

C'est ainsi que m'est venu le désir de réhabiliter quelques-unes de ses voies, des lignes anciennes de nos falaises locales. Le site de la Combe à la vieille porte un grand nombre de ces défis du passé. Parmi elles, le tracé de The Wall semblait sentir bon les exigences des combats qui me conviennent.

Musicien Hard-rocker par passion, cet homme là associât la singularité de ce tracé ultime, à l'album augurant l'apogée Rock-prog des Pink Floyd. Il figurât probablement ainsi l'apothéose de son site et de sa pratique. Depuis deux ans, j'attendais ardemment de disposer de moyens pour l'aborder raisonnablement.

Il reste que l'histoire de cette voie m'est inconnue. Je ne sais pas même si sa réalisation a abouti en son temps. La cotation échappe ainsi à toute certitude car son estimation flirtait à l'époque avec l'improbable, un 8c+ hard annoncée, 9a à demi-mot.

Septembre 2009, un retour de forme se dessine et la météo locale me permet de prolonger ma saison. Je me frotte tout d'abord à Summer Time, 8b+. Ayant déjà réalisé sa voisine de gauche, je m'attendais à un mur dalleux bien technique. Son départ prend un peu plus de dévers et la ligne se caractérise par trois crux. Ma manière de la sortir fût le signe d'aller me prêter à une expérience dont je ne présageais pas du contenu, encore moins de l'issue. Je savais juste que c'était l'heure du rendez-vous.

The Wall, acte II

Au premier run, je comprends qu'aucun mouv ne tiendra d'une spontanéité adaptable. Je ressens que la charge teigneusement soutenue dans une filière très rési va me pousser dans un style qui ne me correspond pas toujours. Je sais aussi qu'il me faudra être audacieuse pour m'imposer des repos avec aussi peu de confort, ni dans les mains, ni sous les pieds. A ce stade, je n'ai trouvé que deux repos, dont un qui entame bien les mollets et un deuxième qui entraîne un inconfort douloureux dans les pieds. Le départ allonge son dévers jusqu'un peu au delà du premier tiers. La ligne se poursuit par un mur en léger dévers, à crispettes bien lointaines qu'il faut coordonner par de nombreuses relances. On accède alors à un ressaut déversant dont la distribution des préhensions embarque le corps sur des ouvertures de porte. Un réta et une dalle plus soft amène au relais.

Je ne peux me permettre qu'un seul run bien mobilisé par visite, tant la charge physique m'entame. J'ai beau m'appliquer par des excès de technicité et autres placements très féminins, pour compenser ma limite physique, le cumul me pousse bien au-delà de tout ce que je connais... et il me reste deux éléments de liaison non résolus.

Au troisième run, j'enchaîne plusieurs cumuls de section et contre toute logique je joue de ma félinité pour stater le dernier mouv non résolu que je n'imaginais pas autrement que par une violence morpho et désespérante. Globalement, sous l'influence du dévers, la nature des préhensions m'impose comme rarement de grimper avec les bras en contraction permanente : point de préhension en tendu, point de travail de bras en alignement costal. Qui connait mon style de grimpe, comprendra ma pénalité.

The Wall, acte final

Au quatrième run, j'enchaine toute la rési du premier dévers avec un maximum d'efficacité dans mes placements, me permettant ainsi d'éviter de nombreux parasitages dynamiques et autres surcharges de préhension. Je ressens alors une incroyable libération comme si cet enchaînement me réveillait en ce lieu ou me faisait renaitre différemment. Dans les deux sections suivantes, je pense à bien recollé le bassin avant chaque combinaison de relance. Je couine et suis en apnée tant l'activation m'est nécessaire pour garder le contrôle. Je puise je ne sais où, la volonté de résister car je suis consciente de ce qui vient d'être enchaîner.

J'ai dû me mettre sérieusement dans le rouge, car au "repos", que j'avais pourtant travaillé dans mes runs préalables, je ne parviens pas à recaler mon cycle de récupération. Je ne parviens pas à dégager mon attention d'une charge résiduelle qui m'absorbe et me fait mal, et ça, je ne l'ai jamais vécu en falaise. Au bout de quelques minutes, je choisi d'avancer, espérant une forme de récup active. Rendue à la moitié, les mouvs investissent une sérieuse technicité, ainsi que des relances assez morph qui demandent à chaque alternance une surcharge sur le bras porteur qui laisse encore des traces. Cette situation de non-récup me tracasse, alors que dans le dernier tiers des runs précédents, je me projetais comme sortie d'affaire. Dans chaque geste, je suis perturbée par l'idée d'avoir laissé passer un arrêt ou une simple temporisation qui pourrait se payer cash.

Avant d'aborder le mur du dernier réta, je me prends enfin un repos comme je sais les négocier? et je renoue avec une application que je sais bien gérer.

En clipant le relais, je sais que cet enchaînement tient à un état de concentration, à un investissement physique, à des représentations de chaque élément gestuel que je n'ai jamais rencontré auparavant. Je suis très émue et me ressens enfin relevée d'un hiver calamiteux de 10 mois fait d'une manière de grimper trop retenue.

The Wall, épilogue

Je la pense au minimum 8c+, dégaines en place et après travail...

Au-delà de quelques gestuelles de bloc de tels 8c ou autres 8c+ déjà réalisés, je n'ai rien grimpé d'aussi complètement exigent du premier mouv au dernier. Globalement, elle est plus relevée physiquement que "souvenir du pic" (St Guilhem) et impose une attention plus réactive que celle nécessaire à la combinaison "La fin justifie...Hérésie" (Pierrot Beach). Quand aux autres...leurs homogénéités, engageant ma filière conti de prédilection, n'opposent pas un investissement aussi dense.

Je la caractérise ainsi, par défaut d'une expérience supérieure, en dépis d'une intuition plus personnelle. Ceci étant dit, la certitude à ce niveau spécifique d'exigence n'a vraiment rien d'absolue, et je peux me planter. Les répétitions le préciseront.

J'ai invité de bons copains à venir tenter cette ligne? et j'espère affiner mon appréciation. De plus, portée par une tentation relevant du déraisonable, je referai cette ligne pour ces copains-là et peut-être bien pour un bout de film ...en plusieurs one-shot, sous des angles différents.

The Wall, épilogue de ... l'épilogue

...Les copains sont Veni, Vedi, et ont Vici. Leurs investissements confirment mon intuition. Ptit Geo s'offre le relais en 5 runs. Gab et Got affinent, à trois reprises, tous les mouvs en deux très longs enchaînements de sections, avec un point de rupture variable tant la charge est diversement exténuante. Par deux fois, je les pensais échappant à cette interminable apnée gestuelle d'au moins 8 à 9 sections qu'il faut enchaîner par une suite restant bien technique. Nos diversités d'aptitudes confirment que cette voie laisse peu de place à une spontannéité adaptable, sur presque toute sa hauteur et qu'ainsi, l'exercice de visualisation/coordination est exceptionnel. Le challenge valait donc leur détour et je suis ravie qu'ils m'aient partagé d'aussi sincères combats... Leur vision du terrain.

Il semble qu'au bilan, l'ensemble est une sorte de rési continue. Elle s'amorce après 2 points par un crux qui se mérite, lequel maladroitement exécuté, entame radicalement pour tenir une aussi longue rési. Cette voie se caractérise comme un 8c+ hard, quifs en place, et probablement pas décotable... et le doute subsistera jusqu'à ce qu'un grimpeur suffisamment aguerri des voies supérieures en exprime plus finement l'originalité.

Il fût un temps où un homme grimpait en toute discrétion dans la bulle de sa région, poussé dans des limites exceptionnelles par la logique de sa motivation. Pour la gestuelle qu'il a investi dans cette ligne, cet homme-là était un visionnaire : Respect Jean-Jean.

Quelques infos sur le secteur de cette voie arriveront sous peu...

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