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Ramirole, le Prix à payer
ajouté le 14/11/2009

Petite invitation au voyage, au travers des longueurs de La Ramirole. Laissez-vous absorber par l'ambiance exceptionnelle de ses dévers insensés. En l'état, le site lui-même est majeur, fait de lignes qui se légitiment par des tracés naturels, que respectent des ouvertures laissant bien grimper.

Petit Quiz : chercher nous à la manière de Où est Charlie ? (Vous pouvez cliquer sur l'image ci dessous, mais attention l'image est très lourde).

La Ramirole, l'enfance d'une audace

Un ptit groupe de copain-copine allait passer quelques journées de grimpe dans les gorges du Verdon. Kev est de la partie ( Kévin Aglaé ), avec dans ses bagages une motivation sans égale. Ayant déjà savouré, à vue, les deux premières longueurs de La Ramirole, je l'invite à visiter la suite. Les 4 premières longueurs en 8a+/b, 8a, 8b, 8a+ le séduisent. Le 7a de la dernière longueur finira de le convaincre. Rendez-vous est pris. Ce sera lundi, ce qui me fait projeter une cerise inespérée sur le gâteau de mes congés de toussaint, d'autant que mon planning m'empêchait de me joindre à ma famille d'adoption, celle des parois déraisonnables. Le groupe FFCAM envisage de s'offrir pour l'occasion la sieste crapuleuse d'un acte II dans la niche d'Hotel Supramonte en Sardaigne.

En préambule, je fais découvrir au ptit groupe la grotte de Galetas dans le cadre idyllique des couleurs flamboyantes de l'automne. Kev porte sa curiosité sportive de fin de journée sur Pull-over. La sobriété de son commentaire renvoie la mesure d'une ligne d'exception, sérieuse et interminable.

La Ramirole, la Rock'n Rami Roll

Au matin du départ de notre projet, rien n'est gagné malgré notre détermination. Après une semaine d'un temps exceptionnel, un front orageux a déversé durant la nuit des trombes d'eau sur la région. La météo prévoit une évolution s'accompagnant d'une très nette baisse de température. Cette dégradation ira jusqu'à des chutes de neige, ce qui amorce une fin de saison des plus rigoureuses en rive gauche du Verdon.

Pour projeter de telles voies, il est nécessaire de s'appuyer sur une équipe adaptée à l'ampleur de l'entreprise. Le hazard de nos congés nous sourit. Nous souhaitons tous les deux bousculer les conditions atmosphériques et provoquer ce qui nous semble être une opportunité ric-rac de fin de saison. Nous amorçons notre approche sous la bruine et le brouillard, espérant en découdre à l'abri des monstrueux dévers des trois premières longueurs, espérant aussi un retard des résurgences dues au déluge nocturne. Cette inquiétude tient à ce que la totalité du site se décline en d'innombrables coulées grises-argentées augurant la naissance d'un haut lieu de la colo, d'ici à quelques millénaires, mais pour l'heure il faut juste qu'elles restent sèches. Le repérage pendant la descente nous assure d'une fin bien dégoulinante.

Arrivant trempés au pied de la paroi, nous nous changeons, avant de nous mettre en température dans les deux seules lignes d'échauff, la sublime Tête de morve 7c et la L1 de Ultime démence 7c+. A ce stade, on a encore des doutes sur la météo. Ceci dit, les rafales intermittentes peuvent laisser présager d'une évacuation du front orageux, mais une traîne venteuse s'accompagnant de la baisse de température pourrait bien nous rendre la tâche plus ardue. Nous chargeons donc notre sac de tirage avec doudoune, polaire et veste gore-tex.

La répartition des rôles est toute trouvée, Kev a l'élégance de me laisser tenter les 3ième et 4ième longueurs à vue et fera les deux premières. Cela me plait bien ainsi de tenter la totale des longueurs avec la manière. Sur cette base, Kev apprivoise magistralement la L1 à vue et se fait cueillir par les premières rafales de vent au deuxième relais. Polaires et doudounes font leurs premières sorties. Terminant la L2, je n'attends pas de me refroidir pour engager la L3, juste le temps de démêler les entrecroisements d'une corde qui commence à flotter à 45° dans les rafales.

La Ramirole, la magic over-hanging border-line

Section après section, je m'applique, me concentre, autant pour gagner ma longueur, que pour échapper à la distraction qu'occasionnent les rafales. J'aligne le premier mur et la rampe oblique qui lui fait suite assez sereinement. Le dévers est maximum et l'impression de gaz est totale, les pieds à la lisière de l'immense voute déversante de la paroi. Plus je me dégage latéralement à la gauche du relais, plus la position de Kev m'apparait relever d'une suspension au dessus du néant. Dix mètres sous le R3, je commence à me faire déstabiliser par des rafales plus fortes et entretenues. Cela me demande une concentration importante pour ne pas déraisonner et céder aux choix de résolutions précipitées, par envie de m'échapper vers un relais que j'imagine protecteur.

L'impatience congelée de Kev m'apporte ses encouragements et me ramène à la réalité d'une longueur à laquelle il ne manque presque rien pour signer une troisième perf sympa. Dans une ambiance un peu dantesque, je viens à bout de cette distribution multiple de colos noires. Aussi noires que sont contrastées mes sensations de l'instant, malgré une longueur absolument mythique par sa technicité et la situation funambulesque qu'elle engage.

Chahutée par le vent et picotée par le froid, consciente d'avoir bétonné cette longueur à vue, je m'efforce d'optimiser le temps d'organisation du relais pour épargner à Kev quelques minutes excessives qui l'isolent depuis son arrivée de la L2. Il lui aura poussé des ailes, l'engageant dans une activation de la L3 qui défie toute concurrence. J'ai l'impression qu'à peine après avoir tiré le sac, pris le temps de me couvrir, et m'être remis quelques pensées dans le bon ordre, je le vois apparaitre à la base des dernières colos qui nous séparent, transis et décidé à s'extraire des assauts du ventilateur. J'imagine aussi son impatience à apprécier une vision verticale plus étendue, jusque là limitée au seul vide sous les chaussons.

La Ramirole, le prix à payer

La nature est peut-être bien faite et va nous rappeler de garder raison et humilité. Une suite de pinces très grumeleuses et picoteuses sur une colo encore en bon dévers, nous auront contraints à de douloureuse onglée à chaque main. Nous terminerons en polaires, vestes et doudounes, encapuchonnés, serrant les dents et nous accrochant par une conviction devenue défensive. Conditions ambiantes ou réalité, certaines sections de la dernière longueur, pourtant coté 7a, nous ont même paru assez engagées. Bien groguis et quelque peu saoulés, nous nous emmitouflons de toutes nos fringues à l'abri des buis fouettés et cintrés par l'accélération venteuse de la bordure du plateau.

Nous apprendrons de source météo que la traîne dépressionnaire s'est accompagnée sur le massif, d'un vent de 120km/h... et les crêtes alentours se sont clairsemées d'un voile neigeux.

Cette ligne de faiblesse, légitime et naturelle, dans une telle paroi, rejoint les privilèges hors-norme qu'il m'intéresse de visiter. Par cette nature de grimpe, je me sens très proche avec mes copines Martina et Nina, contribuant ainsi à la mesure d'une pratique au féminin qui se fait possible. J'espère qu'une entreprise commune saura nous hisser ensemble au terme d'une belle audace de fille.

Merci à toi Kev, pour la simplicité de ta motivation grandeur nature ... Et Aiglun n'est pas si loin de la planète Terre.

Plus d'un mot enfin, nécessaires et impossibles à ne pas formuler. Je te les adresse Bruno. Plus je m'essaye aux différents spots du Verdon, plus je découvre la modernité de tes ouvertures. La nature et la qualité de ces lignes me rendent à chaque fois encore plus affamée de ces chemins de l'audace. Tu ne liras probablement pas mes mots, plus porté par ton attention aux deux rives du canyon, mais saches que moi, je te lis dans chacune de tes voies, de celles qui me rapprochent encore plus du caillou.

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