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Pull-Over, ce pourquoi je grimpe.
ajouté le 08/11/2009

Galetas I, la révélation d'une liberté de choix

Au printemps 2008, sur la suggestion de Bruno et Christophe, je découvrais la grotte de Galetas. Des trous dans un ventre monstrueux où la conti est une nécessité bien appréciable, enfin des lignes à options puisque l'ultime relais s'atteint en deux longueurs, engageant des développements de 45/50m... de quoi me séduire.

Au terme d'une première visite, je réalise l'enchaînement à vue des L1-L2 de Spider-Cochon. La ligne est encore peu parcourue et la cote est incertaine. Une deuxième longueur en mur dalleux en dévers de 15/20° fait suite à une première longueur majeurissime qui oscille entre 8a+ et 8a+/b selon la taille. J'estime l'ensemble à 8b+. Il me sera diversement rapporté, qu'au bénéfice des répétitions et tentatives suivantes, l'appréciation est parfois suggérée 8b+/c. La réalisation de ses voisines m'aura permis la satisfaction des voies qui investissent et ne laissent pas de souvenirs éphémères.

Galetas II, le retour

Ayant eu un début de saison tardif qui me laisse sur ma faim et dans la besogne, je suis revenue aux sources de ce qui m'épate. Août 2009, me revoilà à pagayer dans mon ptit bateau rustiné pour rejoindre la grotte. Deux copain-copine, Fab et Mathilde, m'accompagnent et je suis ravie du plaisir et de la manière qui les confrontent à ce plafond aussi ventru qu'interminable. Je suis encore estomaquée que la nature puisse tenir en équilibre une aussi énorme masse au dessus du vide. Sans aucune ressemblance de surface, l'étendue du plafond me fait penser à la Grande-Grotta de Kalymnos ou Millenium à Cala-Gonone.

Quelques représentations des lignes principales, sous différents angles pour en apprécier la mesure... et un plafond made in Verdon.

Je profite de m'être apaisée par la réussite de Tom et je ris et de mon manque de cohésion pour me prêter au travail de Pull-Over. Devant l'ampleur du projet, la perspective d'un travail répété dans une voie hors-norme est doublement novateur pour moi. Je passe deux runs à évaluer la faisabilité avec mes moyens du moment. Je m'emploie à optimiser le travail de lecture et de modélisation gestuelle, pour malgré tout avancer un peu. Au troisième run, j'enchaîne les 23 premières dégaines... mais dans la besogne. Il m'en reste 6, pas des moindres, et je ne peux amorcer la série tant le crux de départ est technique et physique. Je suis surprise d'accepter d'en rester là, sans déception ni désabus, et de me projeter dans un retour prochain. C'est peut-être bien parce que ce site et ses lignes portent une authenticité qui se distingue des standards.

Galetas III, l'enchaînement

Imprégnée d'un retour de sensation et d'un physique plus adapté, je faisais de Pull-Over, l'objectif premier de mes congés de toussaint... et pour le moins, de bien y bouger.

Dés le début de mon premier run de retour, j'ai senti la mesure de mes moyens. Plus encore, j'ai ressenti au fil des sections qui défilent, ma capacité à réadapter mes solutions assez efficacement sans que cela me coûte trop. D'une résolution à la suivante, d'une économie à l'autre, entrecoupées des quelques crux pour ma taille, je suis parvenue au terme de la trav sans avoir souffert comme en août, et même, je me sens plutôt en position de disposer encore d'un potentiel avantageux. J'estime cette première partie à 8a+/b, voire 8b, jusqu'au terme de la dernière longe rouge avant la série de dégaines. Dans les sections suivantes, je ressens de bien meilleurs gainages en plafond, des placements mieux finis, me permettant de meilleures allonges. Ces petits plus me font disposer de ces quelques fractions de secondes permettant de mieux me placer sur les prises, de moins les surcharger, de trouver une sorte de confort ou de disponibilité de pensée. Je ressens vraiment et pour la première fois la faisabilité de l'enchaînement quand je me retrouve à la croisée de la dernière connexion de Bruno.

Je sais que je manque de calage dans les trois sections rési qui suivent, d'autant que dés leur départ, elles sont conditionnées par le crux d'un dynamisé lointain en main droite. Il s'arme par deux prises renforcées, une pince limitée en main gauche et une assez bonne crochetante en main droite. Je me sens dedans malgré le dévers et la technicité du mouv. Je pense à bien visser en pied et retarder le tir pour rapprocher l'épaule droite, du caillou et de la prise. L'arrivée se fait sur une bonne rotondité pleine main que l'on retient par opposition du pied droit. La pince gauche accompagnant la fin de séquence est porteuse de l'effort et... et elle casse, alors que pour la première fois dans l'enchaînement, mon dynamisé a trouvé sa bonne mesure. Je pars en ouverture de porte dans le dévers. Nous ne retrouverons pas la préhension, perdue à jamais dans l'éboulis du terrain un peu plus bas.

La radicalité de l'arrachage et l'engagement de mon run étant consommés, il reste à estimer l'étendue du dégât sur la faisabilité. Je passe un long moment pour me convaincre qu'un croisé main gauche dans un trou à la verticale de la main droite est envisageable. Cela me demande de l'observation et le ressenti d'un appui qui se doit d'être puissant en contre avant le croisé pour le retenir et plus encore pour l'exploiter. Je profite de la situation pour revoir et affiner les sections suivantes.

Voilà, au run suivant, j'ai pris tout mon temps et suis parvenue au terme de la trav presque pas fatiguée. Les quelques dynamisés bien gainés conduisant à la jonction déroulent leurs trous et reprises d'inverses. Quelques repos parsèment ma progression patiemment. Enfin, le nouveau crux ne m'a opposé que sa technicité, son effort et sa radicalité. Sa réussite ne tient qu'au fait d'être une gestuelle conditionnée et de ne pas m'être posé de question d'économie de moyen comme à mon habitude. La suite est question de rési patiente, où il ne faut pas céder aux gestes qui se font dans l'excès et la fuite. Au bilan, les trois à quatre dernières sections faites d'une accumulation exténuante m'ont demandées un maximum. Je suis toujours troublée par l'aboutissement d'une séquence gestuelle extrême, car sa mise en oeuvre est tellement éphémère et furtive qu'elle se réalise avec une marge de contrôle extrêmement ténue, voire improbable. Je suis restée bien dix minutes à retrouver mon souffle, calée dans l'alvéole du haut de la coulée marron, au dernier point de la voie. Un dernier mur dalleux, qui peut zipper par trop de relâchement, amène à la rampe du relais de Spider-Cochon.

Pull-Over permet sur ses deux premiers tiers de se reprendre au gré de quelques nuances de sensation. Elle le permet au prix de dépenses additionnelles qui se cumulent. Je pense que l'adaptabilité par des repos trouve aussi sa limite, tant la voie est longue dans l'effort. La mesure totale de la voie dans ce type de charge est vraiment difficile à caler. Je ne mets pas cette voie au registre de mon Best-of des cinq étoiles absolues. Je lui mets cinq étoiles en note "artistique", car elle compte parmi les plus classes de mes réalisations, tant par sa qualité, son audace ou son voyage gestuelle. Mais quatre étoiles en note "technique", car elle demande trop de patience et d'abnégation, ainsi que trop d'effort pour une féminine. Mais peut-être n'ai-je pas encore assez de ressource physique pour y trouver une marge suffisamment plaisante.

Je la pense 8c+/9a dégaines en place, sans trop d'hésitation et par défaut d'une expérience plus avancée, tant elle se distingue aussi des 8c et 8c+ que j'ai déjà tangenté. Là aussi, j'ai bon espoir d'en connaître la valeur technique.

Le lendemain, j'ai mis un run dans la connexion de Bruno, entre Pue le fion et Pull-Over, simplement parce que cet homme-là est un visionnaire. Jusqu'à la jonction, j'enchaîne cache la partie de Pue le fion avec ses crux lointains. Ensuite, je comprends vite qu'il me faut avancer point à point sur la connexion tant l'effort, la technicité et le gainage spécifique sont excessifs, mais aussi du fait de trous blessants, encore très acérés pour la plupart, alors qu'on se retrouve en totale suspension, sans trop d'économie en pieds. Je résous tous les mouvements mais suis incapable de l'envisager. Celle-ci sera rebelle à se faire apprivoiser... et pour la petite histoire elle débouche sur les hostilités de Pull-Over... Il fallait avoir une imagination sans retenue.

Ah... pourquoi je grimpe ? Parce qu'il existe à nos portes des parcours et des sites comme celui-ci. Ils se distinguent, authentiques et singuliers... entretenant ma faim pour des entreprises sur de la belle caillasse, et je choisis des voies légitimant leur tracé et défiant ma curiosité.

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