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Bilan de saison 2009
ajouté le 20/01/2010

Rien n'est acquis

Pour 10 secondes d'une douleur insidieuse qui s'immisce, pénètre et s'installe jusqu'à perdre le contrôle moteur de mon bras, suivront 10 mois de patience... et d'impatience. Aux deux extrémités de ce raccourci, à St Guillem, je suis passée d'un souvenir en 8c+... à devoir sentir la brise sur la pinède en 6b+... Ce ne fût pas beaucoup plus simple.

Je ne me sentais plus capable d'intuition. Au delà du physique, j'avais perdu mon feeling, ma capacité d'interprétation et d'économie de moyen. Pour me protéger de la sur-blessure, j'ai découvert la torture de l'envie, et la précarité de la motivation. J'étais asphyxiée de ne rien pouvoir faire par plaisir. J'ai glissé vers la besogne et la rébellion.

Durant dix mois, chaque confrontation à la grimpe fût une provocation suffisant à sa peine. Je remercie à nouveau tous ceux qui m'ont accompagné de leur sollicitude, par leur professionnalisme, ou leur simplicité de moyen et d'estime, des Bruno, Sylvie, Eric, François, Nounouk, Nico, Mel, Daniel, Yves, Didier, Pierrot, marianne, Mathieu, Sylvain, Jean-maeïk et certains clubs : Minéral Spirit, VUC de Valence, EVA de Voiron, Auxerre, Champforgeuil, Question-d'équilibre de Beaune, le CAF Chalon et l'UGC pour m'avoir permis de diversifier les bases de mon réapprentissage. Merci aussi à une petite bande encore pleine de sincèrité, Laura, Got, Geo, Roms, Kev, Momo, Bolls, Juju, Mandine, Mat, Julia, Fanfoué, Nono, Allan, Adrian, François et Rems. Vous avez tous été des partenaires nécessaires au puzzle de mon rétablissement. Je vous partage ma fin de saison.

Quelqu'un m'a dit qu'on en ressort plus fort. Quelqu'un m'a dit qu'on peut n'en jamais revenir. D'autre n'ont rien dit, mais ont pensé très fort... mercantiles, et d'autres ont agi... par des actes dégueulasses.

Objectifs en compétition

  • Assurer la compétition internationale Espoir.
  • Retrouver quelques marques en compétition Senior et m'accrocher.

Il me fallait reprendre les gammes de l'escalade. Je me suis alors dis qu'il convenait de rester à ma place, celle d'une junior qu'une belle expérience a confronté par le passé à ses aînées Senior. J'espérais donc juste trouver les moyens de m'accrocher à ce qu'il me restait à vivre en catégorie jeune. Un dernier titre mondial espoir et une coupe d'Europe espoir me paraissaient alors himalayens.

Il reste que pour retrouver un jour un niveau de rivalité en compèt, il faut mouiller la chemise et se replonger dans "la dite" compét. Pour autant, comment fixer le seuil de faisabilité ou le délai de crédibilité ? Ben je n'en sais rien. Je savais juste qu'il me fallait passer par quelques amertumes et le sacrifice de quelques enjeux symboliques... mais à chaque étape, je revenais, autant mal que bien. Je revenais par des petits plus.

Bien évidemment et à regret, j'ai dû mettre de la distance avec ma perception globale de l'escalade et notamment mon envie pour les compétitions de bloc.

Compétition... pour le meilleur

Au regard des objectifs que je me fixais, je considérais que tout ce que je pourrais faire de mieux serait une satisfaction gagnée sur la besogne. Au bilan, il n'est pas simple de laisser dérouler sa grimpe après être redescendue dans l'abécédaire de mes débuts.

Coté symboles : Malgré le peu de moyen dont je disposais, je suis fière d'avoir investi ma manière de grimper dans la finale des championnats de France Sénior. Cette attitude me permet le mérite d'être vice championne de France derrière une Florence volontaire qui s'est arrachée avec le même état d'esprit. Qui sait, nous ne sommes peut-être pas des compétitrices, mais pour moi, la manière crédibilisera toujours un résultat... ou pas.

Coté WorldCup et Master : Trop tardivement, je me contente avec soulagement d'intégrer les trois dernières finales de WC de la saison, précédées d'une 4ème place bien rassurante à Arco. Encore imprégnée par mon handicap, je sais que par deux fois j'aurais pu faire un podium, mais par manque de repère, cette représentation du possible me manquait. Un peu plus tôt, Serre-Che m'apporta une 2ème place et m'aura fait bien plaisir derrière Nathalia. Enfin, le Master d'Oloron, au principe compétitif visionnaire, m'aura fait monter sur la bonne marche du podium.

Coté compète espoir : J'emporte un 9ème titre en championnat de France et suis désolée de n'avoir pas disposé de plus de moyens pour opposer une rivalité pertinente aux France-Bloc (malgré 4 podiums en 4 championnats 2009). Au terme de mes six années en compétition internationale espoir, je conclus comme je l'avais amorcé, par une 2ème place de podium, mais je décroche enfin un symbole supplémentaire : la première marche du général de la Coupe d'Europe, avec 4victoires pour 4manches retenues. Il était temps. Pour solde de ces six saisons internationales espoirs, j'emporte 11 victoires/13 podiums pour 14 participations en coupe d'Europe et 5 titres mondiaux.

Je remporte donc un cinquième titre mondial à Valence, et pour l'occasion, je remporte aussi la ferveur du public. Dans ma voie de finale, j'avoue avoir cédé à la tentation de sourire plus tôt que prévu et partager ma victoire avec un public qui me portait par ses encouragements. Je comprenais avant même la fin de ma voie que le titre était dans la poche. Pour la première fois, je me suis faite complètement absorbée par l'ambiance, incapable de me mobiliser pour rejoindre le Top... merci à vous tous. Avec ce titre, je boucle également une aventure démarrée communément huit ans plus tôt avec un certain... Christopher, le Monsieur à l'esquimau. Huit ans qu'il nous faut supporter ses... humeurs complices, il était temps aussi qu'il tremble à 1m du sol, l'altitude très relative d'une première marche, que j'ai eu le plaisir de lui partager.

Compétition... et pas pour le pire

La fin ne justifie pas les moyens... elle ne le devrait pas, pas à l'appui de la moindre forme d'anorexie ou de produits illicites. L'affaire de la bouteille de Chamonix le précise à nouveau un peu plus. Ras le ... bol.

Il semblerait aussi qu'un même poids s'évalue par deux mesures différentes. Ainsi, une deuxième place dans une compétition internationale se reflète par deux mesures d'appréciation... je le pense également !... A chacun sa crédibilité et sa relativité du respect.

Enfin, la pénalité de début de saison, à l'encontre de Kim pour la résolution de son z-clip, meurtris aussi l'esprit compétitif que je privilégie. Je trouve cette transigeanse arbitrale déviante. Le résultat final de la WC2009 ne tient qu'à cela ! Refaite les comptes. Je les apprécie l'une et l'autre, mais le double impact de cette décision prive Kim de la reconnaissance de son mérite et galvaude la représentation du mérite de Johanna. Les règles que l'on invente doivent être exemptes de toutes ambiguité. Ce n'est pas le cas actuellement. Elles ne doivent être là que pour encadrer et discriminer les performances techniques des compétiteurs. La règle ne doit pas inventer la contrainte. Pour l'occasion, la grimpeuse se pénalise elle-même suffisamment, techniquement et physiquement, sans engager la moindre inéquité.

Personne n'aura relevé cette hérésie. Moi, cela me touche pour elle. Je tiens donc Kim pour être la meilleure compétitrice de cette saison 2009.

Au bilan de ma saison de compétition 2009, il ne m'aura pas été simple de laisser dérouler ma grimpe. A l'antipode d'un esprit de guerrière qui ne fera jamais rien gagné, la sérénité que j'engage dans la rivalité ne peut se départir d'une disponibilité physique insouciante. Il me manquait des deux en temps utile. Cependant, n'étant pas rassasiée par l'expérience de la compétition, j'espère pouvoir disposer d'une marge suffisante pour la vivre plus élégante que ce qu'elle est, sans violence gestuelle, ni agressivité ridicule. Nathalia et Kim ont amorcé cette orientation. Reste à ce que les ouvertures s'en distinguent et s'inspirent de comportements autrement plus félins et techniques.

Objectifs en milieu naturel

  • Revenir à la mesure de mes motivations. Trouver mon équilibre.
  • Aborder des voies au-delà du 8b et en apprécier le privilège.
  • Me prêter enfin à la visite d'une voie aux frontières du 9a.

C'est le souvenir de lignes et de lieux de qualité qui m'ont permis d'être tentée, d'être fascinée à nouveau, de retrouver les marques pour lesquelles je sais pourquoi je grimpe. Choisissant d'encore dérouler ma saison sur des falaises françaises qui me sont inconnues, je me convaincs que les ailleurs ne sont pas plus magique que chez nous. Ainsi je découvre Aiglun, Pantin, Encastel, La Ramirole et je reviens passer du temps sur St Guilhem, Galetas et Hulk. Il va falloir que je sédentarise mes choix, car tous ces sites d'une modernité sans nom m'empêchent à présent de savoir où donner de la tête et du chausson, tant la grimpe y est authentique et loin des standards. A chaque visite, je ne regrette que de n'avoir pas assez de temps pour en profiter plus... Evoquant bout à bout ces 7 noms de lieux, je réalise à quel point 7 raisons au moins m'ont permis d'évacuer mes tourments et mes impatiences.

Dans la besogne de mon début de saison, Romeyer, Génat et Extrem-Hard-Noise/la Balme me permettront de retrouver quelques marques gestuelles.

Les exceptions... ou plutôt, les privilèges

Je m'offre la sublime des sublimes Tom et je ris et des voies d'une qualité exceptionnelle comme Pull-Over à Galetas, ou l'époustouflant cheminement de La Ramirole, ou le mur dément de Baygon et quelques autres lignes que je classe dans les 4 étoiles à la frontière de mon best-of des exceptions.

J'installe aussi mon attention à domicile, en Bourgogne, à la combe à la vielle. Je m'y offre la croix du secteur Grand cirque et la First-Ascent de The Wall.

Coté perf, je conclus 4 voies aux 2 frontières du 8c dont une pourrait bien se révéler changer de palier. C'est ma conviction, pour sa rési longue et sa technicité. Un 9a est une mesure bien trop symbolique pour que je la revendique, alors il me tarde qu'un référent averti y mette son empreinte. J'ai aussi enchaîné 24 voies dans le 8b et plus, dont quatre 8b et deux 8b+ à vue.

Je n'imaginais plus pouvoir être à nouveau épatée par l'escalade et me réembarquer à ce point dans les émotions qu'elle suscite. A présent je sais pourquoi je grimpe et par quelle nature de voie je me laisse inspirée. C'est un privilège et non un mérite que de pouvoir parcourir des lignes majeures légitimées par des tracés naturels. Je ne dispose pas suffisamment d'un temps à perdre pour ne pas être sélective et opportuniste... d'autan que la marge est peut-être plus ténue qu'il y parait entre un pic de forme et le pépin qui guette.

Objectifs en Trip de terrain... les mêmes qu'en 2008

  • Prendre le temps de profiter du contexte de chaque expérience.
  • Me gaver d'envie de grimpe.

Groupe FFCAM

Ce groupe apporte une dimension à ma pratique qu'il me plait de vivre, tant par la qualité de son ambiance, que par ses entreprises collectives déraisonnables. La bonne humeur, la générosité discrète dans l'effort, la sollicitude des uns et la simplicité des autres, sont autant de moteurs de mon émulation. C'est aussi pour ça que des Diégo, Pierrot, Didier, Gé, Oliv, Babar, Vainvain, Fab, me font aimer la grimpe et portent mon envie d'oser au delà des standards. Ces copains-là ont toujours un regard discrètement porté vers le haut des voies... et au deuxième degrè, ce sont aussi des discrets et se distinguent tous par le haut.

Mes disponibilités scolaires ne m'auront permis que de me joindre au groupe sur deux déplacements, Oliana en Espagne et Aiglun pour des voies multi-longueurs. La première destination ne m'a pas permis d'en profiter vraiment, mais l'ambiance de ce groupe m'a portée vers quelques réalisations bien plaisantes dans ma traversée du désert. En cela, la difficulté est aussi, un peu, ce qu'on se la représente.

L'incursion azuréenne nous fait sortir 2 lignes des plus intéressantes, Les soeurs jumelles et Trouthérapie. Dans la foulée des 2 journées suivantes, j'accompagne Pierrot, puis Fab, dans Ali Baba, un sésame renversant. Au bilan, c'est autant le pied de se fondre dans la hauteur de ces voies, que de le faire avec ces potes-là.

Après "Hotel" en Sardaigne, après Mada et autres alibaba-thérapie, à quand un grand flirt avec un "trango" ou un "pata" en pur Big-Wall ... d'ici 2 à 3 ans ? Le groupe n'est-il pas suffisemment fondé et soudé pour projeter un gros caillou avec bivouac du genre duplex ?

Verdon par ci, par là, à l'ombre de la rive gauche

Galetas ........................ Pantin .......................... Hulk ........................ Ramirole

Dans ma représentation d'hameçonnée du Verdon moderne, résonnaient deux mythes, Graou et Vainvain, tous deux pour leur manière. Le premier pour la pertinence de ses ouvertures visionnaires et le deuxième pour sa réalisation de la Ramirole. Tous deux retiennent aussi mon attention par leur feeling et la classe de leur simplicité.

Une première approche des multi-longueurs se fera avec ma copine slovène Martina, dans la réalisation de Tom, le tueur de slip et Papy què dévers. Cette complicité de fille investit une félinité bien différente, faite des mêmes faiblesses et des mêmes atoûts.

Fabien s'est laissé emballer par l'ambiance Big-wall de la colo interminable et aberrante de Tom et je ris. Lorsque l'audace d'un Bruno rejoint l'improbabilité de la nature, cela donne LA ligne, une de celles qui dimensionnent différemment l'escalade sportive... inclassable.

Kevin non plus ne s'est pas trop fait prier pour aligner les cinq longueurs de La Ramirole. Lorsque les travers de la météo nous ont cueillis au R3, nous avions moins à frémir de sortir par le haut, que d'y ajouter une galère en trois dimensions pour retoucher la planète par le bas. Cette ligne de faiblesse au travers de ces immenses dévers fait de ce cheminement une bijou majeurissime. La manière que j'y ai mis, m'a presque fait oublier mon début de saison.

Voilou, la nature est tellement exubérante de créativité, que la grimpe est mon moyen d'en avoir faim. Elle m'époustoufle à nouveau et j'ai dans l'idée de juste refaire un peu chauffer la gomme... Just for fun.

Je vous offre une deuxième tentation de rodéo sur colo, en prélude à une année de grimpe 2010 fructueuse en émotion. Après l'inclassable Tom et je ris, voici l'opulente hulkosaure, une aberration géologique qui vous laissera aussi un souvenir durable. Je l'ai reflirté 3fois pour vous la présenter sous toutes ses rondeurs. Le crux commun de ces deux lignes est ... dans la tête. Consommez ces colos le plus savoureusement possible, sans esprit de conquète, car je n'en connais pas de plus exceptionnelles... pas encore.

La video : Colo quand tu me tiens

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