Ski hike, Briançon, France

Grand Teton, WY, USA

2 octobre 2015


Josh avait repéré en 2014 le gros potentiel de développement d’un site de bloc dans le parc national du Grand Teton, Wyoming. En plus de développer des secteurs de blocs, je me suis laissée séduire par l’idée d’équiper une couenne, encouragée indirectement par un Ranger du parc, qui nous a précisé que l’équipement au perfo est interdit (car les engins motorisés ne sont pas autorisés), mais que l’ouverture manuelle ne posait pas de problème... et ça tombe bien ! car tout à fait par hasard, j’ai dans mes bagages un tamponnoir Rocpec/Petzl, des goujons et plaquettes, que je promène comme d’autres promènent leurs pelle, sceau et râteau à sable.

Après un apprentissage sur le calcaire du Bugey, j’étais surtout avertie des tenants et aboutissants d’un marteau ripant de l’extrémité du tamponnoir... J’avais donc aussi un peu de sparadrap dans mes bagages.



J’arrive à Jackson, Wyoming où je rejoins Josh et Dave. Les modalités d’accès à un parc naturel nord-américain, nous imposent de passer localement à Jenny Lake Visitor Center pour réserver nos nuits de camping dans le parc, puis nous nous sommes fait déposer sur le parking de Lupine Meadows Trailhead. Pour rejoindre notre destination de Garnet Canyon, 4h de marche en montée sont au programme avec des sacs à dos énormes. Nous entrons là dans le territoire des ours... et les sprays anti-agression sont à portée de main. Bien qu’habitués aux randonneurs, ils peuvent s’en prendre à nous par appétit pour la nourriture que nous transportons… ou à défaut et au sortir de l’hiver, pour la nourriture que nous constituons.

Garnet Canyon

Au terme de notre montée, le soleil pourtant jusqu’ici radieux, laisse place à de violentes bourrasques de vent et les gouttes de pluie se transforment petit à petit en grêle. Sur les dernières centaines de mètres nous en venons à perdre parfois l’équilibre tant les bourrasques de vents nous violentent sèchement. Arrivés au campement, des plates-formes prévues à cet effet en bas de Garnet Canyon, c’est en short et t-shirt détrempés que nous nous battons pour monter la tente dans cette atmosphère tempétueuse. La première étape aura été de nous jeter, en pleine journée, au chaud dans nos duvets. Deux heures et un chocolat chaud plus tard, la tempête s’est calmée et nous décidons d’aller faire un tour plus haut dans le canyon pour découvrir le potentiel de grimpe. Pour l’avoir préalablement repéré, Josh savait où nous conduire. Après quelques observations sommaires, de beaux objectifs commencent à prendre formes dans nos imaginaires galopants, imaginaires cependant vite rattrapés par de nouveaux grondements comme on les connait en haute montagne, nous obligeant à passer le reste de la journée au campement. La grêle abondante finira par tapisser le sol d’une couche bien fournie, maculant le canyon d’une blancheur hivernale, en plein été.


Le jour d’après, sous un ciel totalement bleu et par une température plutôt froide du fait de l’altitude, nous repartons vers le haut du canyon. Les garçons ont les crashpads, et moi ma corde et le matériel pour tenter d’équiper un gros moignon bien distinctif émergeant sur un flanc du canyon et présentant deux jolie face aux l’allures prometteuses. Du sommet de la face la plus abordable, de longues dalles peu inclinées redescendent, plongeant sur le mur présenti dont je ne peux pas encore me convaincre du potentiel technique. J’amarre la corde autour d’un gros rocher inamovible, puis nettoie le sol pour éviter d’embarquer des pavasses avec ma corde, enfin je décide de poser un premier point pour renvoyer ma corde lors de mon rappel. Je mets un goujon de 12 en 30min, avec marteau et tamponnoir Rocpec. C’est un peu une bonne surprise car je m’attendais à ce que le granit soit très dur à forer et que ma dextérité à l’ouvrage nécessite un peu plus de pratique... et en plus, je ne me suis pas explosé la moindre commissure ou articulation de doigts, ni même cassé un ongle ou raillé son vernis.

Descendue en rappel jusqu’à la rupture de pente de la grande dalle, c’est la boule au ventre, craignant d’être frustrée, que je penche la tête sur le mur qui s’offre à ma vue. Je suis rassurée et même séduite de voir que ce mur est en léger dévers et que la qualité de surface est au rendez-vous. Je suis cependant notablement excentrée au regard de la ligne majeure que j’avais repérée du bas.

La longueur de la traversée à la limite de la rupture de pente m’engage dans un équilibre à bien contrôler, pour ne pas prendre un sérieux balan pendulaire et risquer de voir la corde s’éplucher par son frottement sur le granit. Après avoir renvoyée ma corde par une sangle autour d’un moignon rocheux et d’un friends dans une petite fissure déversante, je commence mon rappel dans le vide. C’est alors que cette situation d'exposition en solo, engagée dans ce grand nul part, m’a envahie d’un effet de zoom, toute petite dans un environnement devenu disproportionné. Je n’ai pas le souvenir d’avoir ressenti cette vulnérabilité dans mes expériences passées.



Je réalise que beaucoup de mes trips du passé m’ayant confrontée à des situations sérieusement engagées l’ont été avec la complicité de grimpeurs très avertis, dont le charisme et la rigueur font d’une situation d’exception, une évidence familière, un vécu simple et rassurant... Si le renvoi sur friends partait, la sangle n’aurait pas tenu son ancrage sous le choc et la chute pendulaire relevait d’un sérieux et méchant cauchemar, pouvant même, au delà d'une position suffisamment basse, me faire percuter le sol dans la pendule. Je descends tout en observant les détails d’une ligne possible jusqu’au pied de la face, pas complètement sereine, un peu en apnée. J’y prends le temps de me convaincre du cheminement que va prendre ma ligne, en combinant des détails augurant de belles gestuelles, et les endroits opportuns où mettre des points qui laisseront bien grimper. Mes aînés, et ouvreurs de mes plus belles réalisations, m'ont laissé cette empreinte indélébile sur ce qui doit être ou ne pas être, une ligne nécessaire et utile, à l'émotion et au souvenir durable. Le passage à l'acte occupe donc toute ma réflexion, quelles qu'en soient la difficulté et sa valeur.

Je remonte enfin sur ma corde en essayant d’être la plus amortie possible pour ne pas occasionner d’effets dynamiques de trop fortes amplitudes. De retour sur le haut et après avoir repérer le meilleur endroit pour mettre un des deux points de relais, je m’ancre sur un crochet à goutte et commence à marteler le perçage. Allez savoir pourquoi, quelque chose comme 2h plus tard, j’en avais tout juste fait la moitié et j’avais le corps tout tendu, raidi, tout vribré, et les bras en compote ! Un peu lessivée, sans doute assommée par la charge et le rythme des jours précédents, et naturellement déçue, je décide d’en rester là pour la journée. Je retrouve les garçons en fond de vallon... discutant avec 2 Rangers.

Pays de la liberté... et de la procédure

Pour faire court, passer les my god et les no way traduisant l’étonnement des rangers de constater qu’une fille équipait la face, ils nous expliquent, sincèrement gênés, que depuis 2013, les points d’ancrage permanents ne sont plus autorisés dans le parc national. Néanmoins, comme ils n’avaient jamais été confrontés à des équipements de voie sportive d’une seule longueur (le parc comportant des multi-longueurs), ils précisent que des exceptions doivent surement être possibles, mais que ces décisions ne seront pas actées dans les proches semaines à venir. Sachant qu'il est très risqué de jouer avec le protocole procédurier, je comprends ainsi que mon projet d’équipement est fini pour moi cette année. Évidemment cette nouvelle affligeante en rajoute une couche, mais je reste emballée et suis très impatiente de remettre cette expérience à plus tard.

Compte tenu d’un genou trop sérieusement blessé en compétition, je profite de mes trois jours suivants pour trouver quelques blocs à nettoyer, assez esthétiques et d’une difficulté accessible. Ainsi se sont ajoutés au potentiel local : Picasso V1, Fool’s rules V1 et Humble beauty V3.


Amphitheater lake et Delta lake

Les jours suivants, nous avons exploré deux autres secteurs :

  • Amphitheater lake à 3h de marche du bas (2h sans sac). Le site s'atteind en 2h depuis garnet, avec les sacs, en effectuant un retour de parcours jusqu'à retrouver le sentier officiel montant au lac.
  • The Cube dans le canyon descendant de Delta lake à 45 minutes de marche du bas, sans sac, sur le bout du replat de Glacier falls. La montée démarre par le sentier de Garnet mais se quitte au niveau de la première fourche à la cote 7400ft, pour poursuivre à vue dans les pentes, en direction du replat de Glacier falls.

Les blocs sur les deux secteurs s’y comptent à présent sur les doigts d'une main. Ils sont super-classes, notamment le bloc où se trouve Silent Echo (8A+, FA Josh Larson), et offrent encore les projets de quelques lignes spectaculaires.


Après notre passage, la quantité de bloc ouverts et libérés à Garnet Canyon est passée de 6 (développés en 2014) à 33, auxquels s’ajoutent une grosse poignée de projets travaillés en cours. Il y a sur ce seul massif local d’autres canyons encore vierge à explorer. Voici un article donnant plus d’infos sur l’histoire de ce développement.

Infos pratiques

  • En avion, atterrir à Salt Lake city, puis prendre une navette de 4-5h jusqu’à Jackson, WY, ou bien atterrir directement à Jackson mais c’est un peu plus cher.
  • C’est un parc national, il faut donc payer un droit de péage de 30$ pour rentrer. Une carte annuelle est possible (80$) donnant accès à tous les parcs nationaux des US.
  • A Jackson, il y a tout ce qui faut, hôtels, restaurants, petit mur de grimpe, magasin de montagne. C’est une ville un peu touristique, chic à certains coins de rues, très charmante et atypique. Ne pas manquer les arches du centre-ville, faites avec des bois de wapiti.
  • Pour info, le massif des Tetons est réputé pour l’ascension de son plus haut sommet : Le Grand Teton. Il y a donc toujours plus ou moins du monde qui passe par Garnet Canyon car c’est sur le sentier d'approche de cette randonnée. L’ascension et la descente peuvent se faire en 2-3 jours pour les motivés de rando.
  • Il faut réserver des permis pour les nuits de camping dans le parc, auprès de Craig Thomas Discovery Visitor Center, pour 25$ la période de réservation, peu importe le nombre de personnes ou de jours. Il n’est cependant pas possible de rester plus de 2 nuits sur une même zone de camping. Du point de vue des spot de grimpe, seul Garnet canyon offre des emplacements de camping officiels... pour les autres spots, disons qu'il suffit d'être discret et de ne pas exposer une présence nocturne.
  • Pour les jours de repos, il y a beaucoup de lacs sur lesquels le canoë, le paddle et la pêche sont très prisés.
  • Le plateau sur lequel se trouve Jackson et l’entrée du parc est une réserve nationale de wapiti, et on ne manque pas d’en croiser quelques-uns sur le bord des routes, tout comme des élans et leurs bois spectaculaires. Quant aux ours, je suis, et soulagée, et déçue, de ne pas en avoir vu !
  • Pour le topo, en voici un avant-gout sur le site de Josh.

Et voici la vidéo de notre trip, histoire d'y voir un peu plus en 3D:


Merci à EB, Millet, Petzl et Volx pour le soutien qu’ils m’adressent, me soulageant de contraintes matérielles et logistiques, me permettant en cela de concilier mes études et ma passion, toutes deux très absorbantes, et au bilan, de vivre ainsi des aventures chaque année réinventées.