Ski hike, Briançon, France

Croatie, et un escargot à poil

8 septembre 2015

En mai dernier, je repartais avec le groupe CAF Excellence pour une aventure en Croatie, terre que je n’avais jamais encore foulée. Deux objectifs allaient mobiliser nos 10jours de trip.

La Croatie organisait cette année, un événement / festival mettant la France à l’honneur. Clélia, grimpeur et employé à l’ambassade de France, a profité de l’opportunité pour associer la pratique de l’escalade à évènement. Une équipe de 10 personnes a ainsi été conviée pour participer à ce « Rendez-vous Croate », Didier Angonin, François Lombard, Olivier Fourbet, Mathieu Bouyoud, Léo Déchamboux, Tanguy Topin, Titouan Déchamboux, 2 photographes/ caméraman et moi-même.


Paklenica

C’est dans la vallée de Paklenica que ce 16th International Climbers’ Meeting a démarré par un matin généreusement pluvieux. Cette gorge, bordurée par de grandes faces de calcaire, nous a étonnés par ses aménagements très avancés au service de l’escalade, avec notamment des sanitaires et un magasin taillés dans le rocher. Malgré un caillou détrempé par une longue nuit de pluie, les grimpeurs locaux restaient plein d’allant, ce qui nous témoignait d’une motivation plutôt rassurante et communicative.

La manifestation s’articulait autour de deux challenges :

  • faire le plus de longueurs possibles dans les deux jours, avec une pondération en fonction de la difficulté,
  • faire une voie de plusieurs longueurs en réversible (3 pour les femmes, 5 pour les hommes) le plus vite possible.

Nous nous sommes prêtés au deuxième challenge. Etant la seule féminine du groupe, je me suis associée avec Anna, seule féminine slovène sur l’événement. Nous dépassant vraiment sur chaque longueur, ne parlant qu'à peine, nous sommes arrivées haletantes au sommet de la voie... au terme d’une suée de 30minutes. Les plus rapides, et vainqueurs expérimentées depuis plusieurs années consécutives, ont mis à peine 15minutes, ce qui me paraissait carrément martien !

Suite à ce challenge festif, et cependant très physique, j’ai rejoint quelques copains du groupe, pour évoluer sur 2 jolies couennes en 8a, pendant que d’autres relevaient le défi de vitesse sur 5 longueurs... sans plus de succès que notre cordée de fille.

La journée s’est terminée sur une soirée très conviviale faite de remise des prix et différentes présentations visuelles. Nous étions venus avec des diaporamas bien fournis, pour présenter nos spots français favoris.

Le lendemain, la gorge était tout aussi bondée que la veille, mais nous avions quartier libre. Nous en avons profité pour découvrir un autre petit secteur de couenne, puis la moitié du groupe nous a quitté pour rentrer en France. Restaient alors Didou, Titou, Babar, Oliv et moi. Nous nous sommes lancés dans une voie de 4 longueurs en deux cordées : Bears on toast. La ligne était magnifique :

  • une première longueur (commune avec Brid-za-mali-cekic) en 6c+ avec au final, le négoce d’un petit toit bien exigent;
  • une deuxième longueur en 6c+ aussi, mais d’une qualité et d’une beauté comme j’ai rarement croisé, commençant dans des grosses et longues cannelures, que les locaux appellent les radiateurs, offrant une belle envolée. Ces radiateurs sont le genre de singularités géologiques qui invitent au contact d’une manière compulsive... et auxquelles on ne résiste pas. La fin de longueur perd de sa raideur et, malgré sa cotation, elle laisse place à une dalle franchement lunaire demandant un sérieux travail de pied;
  • deux longueurs en 4c font suite, gardant un caractère aérien bien sympa, pour se dérouler sur le fil d’un pilier;
  • infos et topo.


Nous avons fini la journée avec une bonne assiette de poissons frais dans un restaurant juste à la sortie des gorges. Cette petite pause nous a permis de rencontrer Boris, un équipeur du lieu, très actif, avec qui nous avons échangé sur le potentiel du pays... De quoi nous donner encore envie de découvrir d’autres spots et perspectives de développement.

Le lendemain de l'événement, nous quittons notre jolie maison toute de pierre et de bois massif pour prendre la route et rouler quelques heures jusqu’à la ville de Split, de laquelle nous allions graviter sur les sites environnants, en essayant de se protéger de la chaleur cuisante d'un soleil adriatique, pleinement méditerranéen.

Site de Markezina greda

Le site le plus proche est Markezina greda, une grande barre, avec vue sur la mer. On y retrouve plusieurs secteurs avec beaucoup de voies dans le 6, 7 et quelques lignes superbes en 8. Nous en avons parcouru quelques-unes et avons fait le constat que les cotations sont plutôt rudes, fait confirmé par un grimpeur local croisé en fin de journée.

Accès à ce secteur

  • se rendre dans le village de Klis, et prendre une petite route à droite après le terrain de foot. Remonter la route et se garer sur le bas-côté au niveau du départ des sentiers;
  • infos et topo.


Site de Omis, secteur Visoke-pole

Nous avons passé une autre journée sur le secteur Visoke-pole du site de Omis, surplombant un bras d’eau venant de la mer et serpentant assez loin dans les terre. Nous y avons profité d’un peu d’ombre la majeure partie de la journée. Les quelques vingt voies de ce secteur sont principalement dans des cotations en 6-7, et quelques-unes valent le détour. Le 6c+ Kastracija ili masturbacija et le 7b/b+ Sex je precijenjen sont des lignes incontournables.

Accès à ce secteur

  • se rendre au village d’Omis. Arrivant de l’ouest, prendre à gauche juste après avoir traversé le bras d’eau. Continuer dans le canyon sur plusieurs centaines de mètres après un grand virage à droite et se garer directement au pied de la falaise. L’endroit est évident;
  • infos.


Site de Hvar, secteur Velika Stiniv

Sur l’île de Hvar, nous avons profité du secteur Velika Stiniv. C’est dans un cadre idyllique que nous nous laissons charmer par cette crique de bordure de mer... et y passons deux jours. Une petite grotte porte une série de 8a et 8a+, tous superbes et variés. En fin de journée, c’est les pieds dans une eau translucide que nous nous rafraichissions, avant de nous laisser dorer la pilule sur la plage de galet. Aux alentours, peu de maisons, mais un immense potager entretenu par les rares habitants de la crique. Le soir, nous avons dormi dans un gite de la calanque et avons profité des talents du chef cuisto du coin, pour déguster des légumes du jardin et des poissons pêchés le jour-même.

Accès à ce secteur par ferry

  • par l’ouest en arrivant à Starigrad, prendre la route en direction de Sucuraj, dépasser Jelsa et après 15km, dans le village de Zastrazisce, suivre le panneau Vela Stiniva et aller au bout de la route jusqu’au pied de la calanque;
  • par l’est en arrivant à Sucuraj, prendre la route en direction de Jelsa sur 30 km jusqu’à Zastrazisce, puis suivre le panneau Vela Stiniva et aller au bout de la route jusqu’au pied de la calanque;
  • infos.


Site de Drasnice

Pour notre dernier jour de grimpe, nous nous sommes attaqués à une grande voie ouverte par Klemen Becan à Drasnice, dans un immense mur coloré parsemé de belles colos. La voie de 5 longueurs (8c, 8a, ?, 7c, 7a) nous a bien scotché par sa beauté, mais cette ligne n’est quasiment pas visitée. Il en résulte un état de surface peu favorable à des résolutions gestuelles efficaces ou rapides, ainsi nous n’avons pas pu trop bouger d’une manière méritante. La fin de première longueur concentre une difficulté extrême qui ne s’aborde pas sans une optimisation gestuelle travaillée. De plus, la deuxième longueur particulièrement technique nécessite un sérieux brossage. Si on ajoute à cela un orage inopportun, ben le challenge était trop inadapté. Il reste que la ligne est indéniablement super classe et mérite qu’on y passe du temps pour la libérer.



Un escargot à poil, nommé tchernobyl

Au dela des escargots poilus, la Croatie est un pays très chouette, et les gens sont adorables malgré des allures de golgoth. Pour l’anecdote, les programmes TV sont sous-titrés en anglais, ainsi la plupart des gens parlent très bien anglais. Voilà une deuxième bonne raison, pour des gaulois, d’oser venir libérer des voies... et notre abécédaire anglophone.


Merci Didou de nous emmener toujours dans des supers destinations, et Babar et Marc pour les chouettes photos!